vendredi 6 août 2010

Jour 3 : Prague : églises, château et absinthe !


Il y eut un soir, il y eut un matin, ce fut le troisième jour. Au chant du coq, nos valeureux héros ouvrirent un œil apathique sur la réalité qui les entourait. Les Finlandais qui leurs tenaient compagnie n’avaient aucune manière, et leur bruit incessant finit même par les réveiller tout à fait. Il n’en fallait pas plus pour commencer cette journée d’anthologie. Une rapide douche et un petit déjeuner agrémenté de ce que les tchèques se targuent d’appeler du jus d’orange et du café, en fait deux variantes assez similaires de l’eau du robinet, finissaient de sonner la charge héroïque.

Un ciel couvert et une fine pluie accompagnaient les guerriers lorsqu’ils partirent à la découverte de l’antique cité de Prague. Sans parapluie s’entend, car les vrais hommes ne s’arment pas de gadgets aussi ridicules. Un tramway pointa le bout de son nez, et l’appel du voyage se fit trop fort. Partis sans savoir où le destin allait les mener (souvenons nous que le tchèque est une langue aussi indéchiffrable que le chinois, et que les panneaux expliquant le réseau de transport en commun sont plus qu’abscons), ils longèrent la Vltava sur sa rive gauche en remontant vers Mala Strana, sur les conseils d’un aimable citadin qui sentait le goulash.

Saint Nicolas, au cœur de ce quartier magnifique, tendait les bras aux touristes après leur découverte de la place Mala Strana et de l’hôtel de ville. Remplie de ces angelots et de ses saints bardés d’armes, dont la redoutable sainte grenade et le canard de l’apocalypse, cette église baroque surplombant la ville basse en dessous du château s’avéra un bijou inestimable. Paul Claudel disait en parlant de ce lieu : « Saint Nicolas est une action de grâce… où tout est paix, joie et éclats de rire ». Bien sur il ne devait pas avoir vu la statue de l’ange à la claymore qui s’apprête à décapiter un esclave attaché, mais laissons le là. Et ce n’était que le début…

La montée par la rue Nerudova vers le château apporta son lot de découvertes, l’ensemble architectural coloré et varié bordant ses rues, pittoresque et imposant à la fois, ne ressemblait à rien que nos jeunes apollons eussent déjà vu. Trop d’endroits où poser les yeux, trop de jolies pragoises, tout cela était fort dépaysant. La visite du quartier Hradcany, en face du château, jusqu’au palais Czernin et à notre dame de Lorette, reste dans le ton. Prague envoie du pâté, de la rillette, et même les cornichons à mettre dessus. Pas étonnant que les nazis, amateurs de belles choses, aient fait du palais Czernin la résidence du protecteur de Bohème Moravie pendant la guerre. Bref, la pluie s’intensifiant et la faim se faisant sentir, il fallu faire une étape avant de visiter le château.

Descendant la longue série de marche qui s'alignait devant eux, leurs yeux déjà ébahis tombèrent sur une auberge médiévale, la cerise sur le gâteau d'une matinée chargée en découvertes. Peaux de renards sur les murs, paille au sol et laine de mouton en guise de coussins, des chandelles rendant l'atmosphère étouffante au possible, il ne manquait rien. Pas même les publicités racoleuses annonçant que Mozart et autres célébrités avaient tapé leurs choppes aux tables solides de ladite auberge. Une soupe à l'ail et aux patates, accompagnées de pain chaud, de fromage et d'une choppe de l'omniprésente Pilsner Urquell tchèque ne pouvaient pas mieux tomber. Slurpant et rotant d'aise, sommés de mal se tenir, nous le fîmes avec un certain talent.

Il n'en fallait pas plus. Le moteur rempli, une séance de culture s'imposait. Le château dans son ensemble, bien que haut perché, ne résista pas à cette soif de savoir. Les plantons à l'entrée titillés comme il se doit, la cathédrale Saint Guy attendait. Moule annonça alors à une fille passant sous la rambarde: "Alors, on coupe la queue?", pour l'entendre répondre un timide "mais y a pas de queue!" qui nous a bien fait marrer en entrant. La visite étant payante, un petit détour vers la case billetterie suivie de visites tout ce qu'il y a de sérieux. Enfin presque évidemment.

Finies les visites, fini le château, vue panoramique et pont Charles, nous voilà! En évitant les gouttes parce que le pantalon de Moule devient transparent lorsqu'il est mouillé. C'est gênant quand des enfants sont à proximité. Pour ne pas faire la version longue, et Dieu sait qu'il s'en sont passées des choses, la place de la vieille ville que nous voyons après le pont et sur laquelle nous buvons une bière hors de prix (3 euros la pinte, du vol on vous dit) doit être l'un des plus beaux endroits jamais créés par l'homme.

Sonnent les 8 heures, la mort retourne son sablier sur l'horloge de la tour de l'hôtel de ville. Le contrat est simple. Les bars ferment à minuit, nous avons 4 heures pour nous amuser avant de rentrer. Direction: un bar. Après une autre pinte de Pilsner Urquell, direction le KFC le plus proche pour se souvenir de celui de la veille. Et ceci fait, nous retrouvons magiquement le Buldoka, ce bar où les boissons alcoolisées coutent moins cher que l'eau. Et d'annoncer promptement au serveur: "One ricard for me and two for my loutes!". Visiblement décontenancé, Zoule lui montre la bouteille, dont il nous sert trois verres. Sans eau, alors il faut lui en demander. Et il nous la sert gazeuse... Qu'a cela ne tienne, le ricard pétillant a son charme aussi!

Pour un euro, on aurait tort de se priver: les bières alternent avec les absinthes et le rhum tchèque a un rythme effréné. Rigolant comme des baleines tout du long, et multipliant les ordres au serveur qui les comprenait de moins en moins, les têtes commencent à tourner pile au moment ou le pauvre homme nous annonce qu'il ferme. Contrat rempli, à minuit la houle tend le drapeau blanc et finit sa bière avant de repartir. Sur la route se trouvait un mur sur lequel marcher s'est avéré un réel plaisir, presque autant que de l'escalader pour redescendre 200 mètres plus loin. Il y avait une grotte boueuse aussi. Pourquoi rentrer dedans si elle était boueuse? A ces moments là, on ne se demandait pas grand chose. Rentrés dans la chambre, il nous faut nettoyer les chaussures pleines de boue... Et pour les sécher, quoi de mieux que les mettre au congélateur? C'est ce que nous avons du penser, parce que c'est là qu'elles se trouvaient le lendemain.

Une journée magnifique prenait fin, nos six yeux voyaient une douzaine de plafond et le voyage s'annonçait de plus en plus grandiose. Le lendemain, la visite de la rive droite est au programme. Si nous arrivons à nous réveiller bien sur!

Absinthe: 1, houle: 0.

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